La Face Cachée De Benchemsi

Malgré son exil américain, Ahmed Réda Benchemsi, fondateur des hebdos Telquel et Nichane, continue à déprécier les institutions de son pays.

Malgré son exil américain, Ahmed Réda Benchemsi, fondateur des hebdos Telquel et Nichane, continue à déprécier les institutions de son pays.
Oiseau de mauvais augure autoproclamé, là où beaucoup voient des avancées démocratiques, lui ne perçoit que régression et autoritarisme. Ses charges violentes à l’encontre de la Monarchie frisent l’obsession et commandent une question :
Pour qui roule-t-il ? Qui, dans les coulisses, tire les ficelles d’un journaliste dont l’analyse politique sombre dans un étrange déni de la réalité. La face cachée d’une plume dont l’encre vitriolée n’a (manifestement) pas fini de couler.

L’histoire d’Ahmed Réda Benchemsi s’écrit à l’encre de la transgression. Dès la création du magazine Telquel, puis, quelques années plus tard, de son pendant arabe «Nichane», Benchemsi, sous prétexte de braver les interdits et de privilégier une ligne éditoriale au service de la démocratie et des libertés individuelles, avait érigé ces deux publications en tribunes de prédilection pour véhiculer un discours inquisiteur à l’endroit des institutions nationales et des valeurs religieuses et morales de la Nation. Le combat qu’il s’est choisi l’amenait parfois jusqu’à manquer, sciemment, au respect dû à la personne du Roi et à la Famille royale, sur un ton mêlant sarcasme et offenses directes, comme l’illustrent l’éditorial intitulé «Fayn ghadi bia khouya ?», publié en avril 2007, ainsi que le reportage consacré à un portrait fouillé sur la vie privée de la Princesse Lalla Salma paru en décembre 2008, ou encore le dossier intitulé «Le dernier des pharaons» portant atteinte à la mémoire de Feu Hassan II, publié en mars 2009, ainsi que le sondage paru sur les magazines Nichane et Telquel au mois d’août de la même année sous le titre «Le peuple juge son Roi», se voulant une évaluation par les Marocains des dix ans de règne du Souverain. Ahmed Réda Benchemsi scrutait, également, toute occasion pour s’en prendre aux membres de l’entourage royal, dont notamment Mohamed Mounir El Majidi, directeur du secrétariat particulier du Roi, qu’il accuse de mettre à profit son statut de gestionnaire des affaires royales pour s’enrichir indûment. Dans ses réquisitoires, Ahmed Réda Benchemsi ne manquait pas de mettre en doute l’engagement de l’Etat en matière de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme radical, comme en témoignent ses prises de position dénigrant la poursuite en justice de politiques dans le cadre de l’affaire Belliraj et son opinion équivoque sur l’attentat d’ »Argana », perpétré le 28 avril 2011, à Marrakech qui, selon lui, a constitué opportunément pour le pouvoir «un écran de fumée», afin de détourner l’attention de l’opinion publique sur l’agitation entretenue par le mouvement 20 février. Mais comment expliquer autant de hargne ? Pourquoi Benchemsi voue-t-il une aversion aussi prononcée à l’encontre des institutions de son pays ?

Benchemsi : les origines
Issu d’une famille originaire de Meknès, Ahmed Réda Benchemsi a évolué dans un environnement libéral/libertaire qui a fortement déteint sur sa vision du monde. Cet anticonformisme social a généré chez lui une propension avérée à se focaliser, au niveau des publications qu’il dirigeait, sur des sujets moralement douteux, sous prétexte de défendre un idéal moderniste. Son père, M’hamed Benchemsi, chirurgien à la retraite, établi à Tanger, était connu pour son caractère impulsif, allant jusqu’a se permettre, alors en fonction à l’hôpital Mohammed V à Al Hoceima au cours des années 90, de monnayer ses interventions chirurgicales, dont certaines étaient pratiquées, des sources solides nous l’attestent, en état d’ébriété. Un manque de déontologie qui lui a valu, à l’époque, d’être suspendu de ses fonctions pendant 45 jours, pour négligence et non-assistance à personne en danger, dans la mesure où il s’était gardé de rejoindre ledit hôpital pour traiter le cas d’un patient, admis en urgence et qui a succombé le lendemain. En outre, M’hamed Benchemsi avait été condamné, en 1980, à trois mois de prison ferme pour atteinte à la pudeur et incitation à la débauche. Pour sa part, la mère d’Ahmed Réda Benchemsi, en l’occurrence feue Fatiha Boucetta, notaire de profession, fille de l’ancien ambassadeur du Maroc à Rome et nièce de M’hamed Boucetta, ex-secrétaire général du Parti de l’Istiqlal, avait vécu, après son divorce de M’hamed Benchemsi, en concubinage avec un amant. Suite à une violente dispute avec ce dernier, en état d’ivresse, elle s’est donné la mort, le 16 octobre 2007, en précipitant son véhicule (4×4) dans le vide au niveau de la falaise d’El Hank sur la côte casablancaise. La famille Benchemsi compte, également, dans ses rangs des nostalgiques du mouvement marxiste-léniniste, à l’exemple de ses deux tantes maternelles établies en France. Zhour, psychologue, condamnée en 1976, par contumace, à la réclusion perpétuelle, au même titre que son époux de confession juive Benhaïm Rahmine, avant d’être graciés dans le cadre de l’amnistie générale de juillet 1994 et Rajae, épouse de Larbi Maâninou, membre de l’Organisation arabe des Droits de l’Homme et de la section parisienne du Forum marocain Justice et Vérité (FMJV). L’œuvre journalistique de Benchemsi se présente comme la synthèse des convictions de son milieu. Synthèse dont les Hebdos Telquel et Nichane furent, en quelque sorte, l’instrument de diffusion. En 2010, Benchemsi quitte Telquel pour s’installer aux États-Unis d’Amérique. Avec la bienveillance de Moulay Hicham, Ahmed Réda Benchemsi ne s’est pas départi de ses attaques en règle contre les institutions nationales, en s’ingéniant à mettre en doute les reformes initiées au Royaume sous la conduite de Mohammed VI.

Salves d’outre-Atlantique
Sa première sortie du genre a été consacrée à travers un appel lancé le 18 février 2011 aux promoteurs du mouvement 20 février, auxquels il a exprimé son soutien inconditionnel, en louant leur courage pour avoir osé descendre dans la rue, afin de dénoncer l’abus de pouvoir, l’injustice, le népotisme, la corruption qui gangrènent le pays, soulignant au passage que le «régime a raison d’avoir peur de ce mouvement». La même rengaine à l’endroit des institutions nationales a été développée par Benchemsi lors du «Forum de la liberté» organisé à Oslo au mois de juin 2011, au cours duquel il avait qualifié le régime monarchique marocain de «dictature subtile» en s’évertuant à renier «l’exception marocaine» face à la vague de soulèvements que connaît le monde arabe. Il n’allait pas rater, non plus, l’occasion de déprécier le chantier de réformes politiques initiées au Royaume, comme l’illustrent ses sorties médiatiques, au lendemain du Discours du Roi du 17 juin 2011, annonçant les grandes lignes de la nouvelle Loi fondamentale. Ainsi, il a allégué que la Monarchie cherchait à imposer une «Constitution absolutiste» et que le Souverain «n’a pas tenu parole, dans la mesure où, contrairement à ce qui a été annoncé dans le Discours royal du 9 mars 2011, sous la pression d’une rue menaçante, les Pouvoirs du Monarque restent étendus». Tout récemment, Ahmed Réda Benchemsi est revenu à la charge en publiant, dans le numéro 145 de la revue française «Pouvoirs» (spécialisée dans les études constitutionnelles et politiques), une contribution intitulée «Mohammed VI, despote malgré lui», dans laquelle il s’est évertué à nier la pertinence, reconnue à l’international, des réformes politiques consacrées par la nouvelle Constitution, n’ayant abouti, selon lui, qu’à la consolidation d’un pouvoir absolutiste et autocratique entretenu par le culte de la personnalité. Mettant au devant ses convictions laïques, Ahmed Réda Benchemsi s’est toujours évertué à défier l’Islam et les valeurs morales de la majorité écrasante des Marocains, comme en témoigne son soutien au «Mouvement alternatif des libertés individuelles» (MALI), dont les promoteurs s’étaient illustrés notamment par l’inobservation publique du jeune durant le mois de Ramadan 2009. Il se permettait, également, de froisser de manière indécente le sentiment d’attachement des Marocains à l’Islam, en aboédant de manière critique certaines manifestations religieuses, tel le sacrifice de l’Aïd al-Adha, présenté comme un rite archaïque, tout en se permettant de publier, sur les colonnes de Nichane, en décembre 2006, des blagues blasphémant le Prophète. Les dérapages médiatiques d’Ahmed Réda Benchemsi n’ont pas manqué de lui valoir plusieurs procès en diffamation, dont les plus significatifs l’avaient opposé à Touria Jaidi, présidente de l’Association d’aide aux enfants en situation précaire, que Telquel avait accusée de détournement de fonds ; Halima Assali, députée du Mouvement Populaire (MP), ayant été qualifiée par la même publication d’ancienne «chikha» dans un article retraçant sa carrière, ainsi que Kenza Belghiti, veuve de Bennacer El Guerouani, ex-agent du Cab 1, suite à la publication d’un article diffamatoire à son encontre, intitulé : Le renseignement et le rôle des femmes. De même, suite à la publication de l’éditorial : «Fayn ghadi bia khouya», Ahmed Réda Benchemsi avait fait l’objet, en août 2007, d’un procès intenté par l’Etat pour «manquement au respect dû à la personne de Sa Majesté le Roi», reporté sine die, le 3 aout 2008.

Moulay Hicham/Benchemsi, même combat
La ligne éditoriale adoptée par Ahmed Réda Benchemsi n’avait pas manqué, dès le lancement de Telquel, de séduire le Prince Moulay Hicham, qui s’est toujours ingénié à fédérer autour de lui un réseau de journalistes disposés à relayer ses prises de position iconoclastes à l’égard de la Monarchie et à le tenir informé régulièrement sur la situation politique au Maroc. Ahmed Réda Benchemsi, qui consentait volontiers à médiatiser les activités diplomatiques et académiques de Moulay Hicham, ne ratait aucune occasion pour faire le panégyrique du Prince et exprimer sa fascination pour la pertinence de ses analyses politiques. Cherchant à s’attirer les bonnes grâces de Moulay Hicham, Benchemsi avait consacré en mai 2007 un dossier à Feu le Prince Moulay Abdellah, selon une approche opposée aux critiques qu’avait développées, en février 2002, le journaliste François Soudan sur les colonnes du magazine Jeune Afrique. Moulay Hicham, qui avait jugé pertinente la démarche de Benchemsi ayant mis au devant, notamment, le côté humain du Prince Moulay Abdellah, avait saisi l’occasion pour louer le professionnalisme de ce journaliste. Au cours de la même année, le Prince, soucieux de contrer les attaques d’une frange de la presse l’accusant de ne pas investir au Maroc, a trouvé en Ahmed Réda Benchemsi le relais idoine pour faire la promotion de son projet écologique à Aïn Aouda et mettre au devant, par là-même, les soi-disant entraves administratives dont ce projet fait l’objet. La proximité entre Benchemsi et Moulay Hicham allait se raffermir davantage, à l’occasion du séjour effectué par le journaliste aux USA pour la réalisation d’un reportage sur le cadre de vie familial et socioprofessionnel de Moulay Hicham en Pennsylvanie. Dans ce dossier, publié dans l’édition du 18 au 24 décembre 2010 de Telquel, sous le titre «La nouvelle vie de Moulay Hicham», l’auteur s’est attelé à brosser un tableau pour le moins dithyrambique de Moulay Hicham, en soulignant sa stature d’«intellectuel» et son activisme au profit des Droits de l’Homme et, en précisant que, malgré son rang de Prince, Moulay Hicham opte pour un comportement en société empreint de modestie et veille à se fondre dans la communauté de son pays d’accueil, «loin de la vie au Maroc et de la nuée de serviteurs prompts a faire le baisemain». En guise de « reconnaissance », Moulay Hicham avait personnellement recommandé Ahmed Réda Benchemsi pour décrocher une bourse en tant qu’étudiant-chercheur à l’université de Stanford en Californie, où il s’est installé depuis décembre 2010 et aurait réussi, dernièrement, à obtenir la nationalité américaine. Partageant avec le Prince la même approche concernant la nécessité de rentabiliser l’élan de changement initié dans le sillage du printemps arabe, Benchemsi a lancé, en mars 2013, à partir des USA, un site électronique baptisé Free-Arabs, ambitionnant de mobiliser «la nouvelle génération des arabes libres, ayant rompu avec les décennies de répression» et de mettre à la disposition du lectorat une tribune avant-gardiste confortant la démocratie, la laïcité et la liberté d’expression dans le monde arabe.

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